Mardi 20 novembre 2007
Autant Diderot a pu être un personnage important et intéressant... autant ses écrits peuvent être dur à lire. Ce qui n'empêche pas qu'ils soient superbes, et qu'ils nous rendent compte de simplicité tant réaliste qu'invisible.


Diderot a écrit : Jacques le Fataliste et son maître.
Oeuvre étudiée en Terminale Littéraire, possible de tomber au bac.



Dans ce bouquin, pas mal de passage son magnifique. Magnifique dans le sens ou on sera tenter de relever tout un paragraphe tellement on peut s'y retrouver, et tellement la réalité s'y fait voir. Magnifique dans l'écriture non banale, lisible, compréhensible, et.. agréable quoi.



Un des passages que j'ai apprécié :


"Il vient un moment où presque toutes les jeunes filles
et les jeunes garçons tombent dans la mélancolie ; ils
sont tourmentés d'une inquiétude vague qui se promène
sur tout, et qui ne trouve rien qui la calme. Ils cherchent
la solitude ; ils pleurent ; le silence des cloîtres les tou-
che ; l'image de la paix qui semble régner dans les
maisons religieuses les séduit. Ils prennent pour la voix
de Dieu qui les appelle à lui les premiers efforts d'un
tempérament qui se développe* : et c'est précisément
lorsque la nature les sollicite, qu'ils embrassent un
genre de vie contraire au voeu de la nature. L'erreur ne
dure pas ; l'expression de la nature devient plus clair :
on la reconnait ; et l'être séquestré tombe dans les
regrets, la langueur, les vapeurs, la folie ou le déses-
poir... Tel fut le préambule [d'1 des personnages du roman].
Dégouté du monde à l'âge de dix-sept ans, Richard
(c'est le nom de [son] secrétaire) se sauva de la maison
patenelle, et prit l'habit de prémontré."

* Assertion subversive de Diderot.




Pourquoi plu? Non non, je ne suis pas croyante. Non non, je suis pas athée. Je serais plutôt du genre agnostique. Mais aucun rapport avec la foi. Ce passage, au jour d'aujourd'hui, n'a pas vraiment la même référence à la société qu'elle avait du avoir à l'époque de ce point de vue là.
Pourquoi plu? Ne me dîtes pas que vous ne voyez rien en ce très court extrait qui vous attrait ! Si c'est le cas, je le conçois quand même, ne niez pas l'élégance d'écriture.

Ce qui d'ailleurs fait bien dans ce roman, c'est que les deux personnages principaux qu'on suit tout du long, on arriverait à les distinguer sans s'attarder les alinéas qui séparent leurs paroles. Un peu comme dans Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Dans son épistolaire, Choderlos a un syle différent pour chacun de ses personnages, et sans lire l'auteur des lettres, on pourrait le deviner. Avec Diderot, Jacques et son maîtres se différencient aussi bien.




"Comment s'étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s'appelaient-ils ? Que vous importe ? D'où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est ce que l'on sait où l'on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut."

"Le maître : N'est ce pas de cette famme que tu vas devenir amoureux ?
Jacques : Et quand je serais devenu amoureux d'elle, qu'est ce qu'il y aurait à dire ? Est ce qu'on est maître de devenir ou de ne pas devenir amoureux ? Et quand on l'est, est-on maître d'agir comme si on ne l'était pas ? Si cela eût été écrit là-haut, tout ce que vous vous disposez à me dire, je me le serais dit ; je me serais souffleté ; je me serais cogné la tête contre le mur ; je me serais arraché les cheveux : il n'en aurait été ni plus ni moins et mon bienfaiteur eûr été cocu."

"Jacques : Tout ce qui nous arrive de bien et de mal en ce monde est écrit là-haut. Savez vous, monsieur, quelque moyen d'effacer cette écriture ? Puis je n'être pas moi ? Et étant moi, puis je faire autrement que moi ? ? Puis je être moi et un autre ? Et depuis que je suis au monde, y a t il eu un seul instant où cela n'ait été vrai ?"

"Jacques : Tous les deux étaient écrits l'un à côté de l'autre. Tout a été écrit à la fois. C'est comme un grand rouleau qui se déploie petit à petit..."

"Si vous me savez peu de gré de ce que je vous dis, sachez m'en beaucoup de ce que je ne vous dis pas."

"Jacques : Je ne crois ni ne décrois."

"Jacques : C'est que, faute de savoir ce qui st écrit là-haut, on ne sait ni ce qu'on veut ni ce qu'on fait, et qu'on suit sa fantaisie qu'on appelle raison, ou sa raison qui n'est souvent qu'une dangereuse fantaisie qui tourne tantôt bien, tantôt mal. Mon capitaine croyait que la prudence est une supposition, dans laquelle l'expérience nous autorise à regarder les circonstances où nous nous trouvons comme causes de certains effets à espérer ou à craindre pour l'avenir."

"Et uis, y a-t-il un homme capable d'apprécier juste le cirsonstances où il se trouve? [...]
Est-ce nous qui menons le destin, ou bien est-ce le destin qui nous mène?"

"Le maître : Pourrais tu me dire ce que c'est qu'un fou, ce que c'est qu'un sage ?
Jacques : Pourquoi pas ?... un fou... attendez... c'est un homme malheureux ; et par conséquent un homme heureux est un sage."

"Je n'appartiens à personne et j'appartiens à tout le monde. Vous y étiez avant d'y entrer, et vous y serez encore quand vous en sortirez."




"Il est bien évident que je ne fais point un roman, puisque je néglige ce qu'un romancier ne manquerait pas d'employer. Celui qui prendrait ce que j'écris pour la vérité, serait peut-être moins dans l'erreur que celui qui le prendrait pour une fable."


 
publié dans : Littérature par dJjou
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A vous la création !

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